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lundi 6 janvier 2014

FRIDA KAHLO / DIEGO RIVERA À L'ORANGERIE DES TUILERIES


L’Orangerie retrace le parcours de ce couple d’artistes hors norme, tant dans leur œuvre que dans leur vie et même leur physique ; deux ego qui s’affrontent et se soutiennent au long d’une vie privée houleuse et passionnée, nourrie d’engagement politique et de recherche esthétique.

  • Un parcours fusionnel ?
L’œuvre de Frida Kahlo, auto-centrée, est le reflet d’une impuissance désespérée liée à la maladie et à l’accident qui la condamnent à une vie de souffrance et de repli. L’espace de Frida Kahlo se limite le plus souvent aux murs de sa chambre ou de sa maison et à sa propre histoire.


Cet enfermement est sans doute une des clés pour comprendre sa passion pour Diego Rivera, géant aux appétits difficiles à assouvir, animé lui aussi d’un souffle pour une peinture engagée, comme en témoignent ses « murales » racontant l’histoire du Mexique dont il donne une lecture colorée et partisane.


La mise en œuvre de l’exposition, concentrique, en rend la lecture un peu confuse et incite à des allers-retours peu compatibles  avec la foule qui s’y presse. Des taches éclatent sur les murs et attirent le regard : le premier autoportrait de Frida, madone maniériste, sensuelle et lointaine, au regard sombre et brillant ; le portrait d’une fillette aux grands yeux noirs, sur un fond lilas et vert d’eau d’une grande douceur ; le grand bouquet d’arums au blanc éclatant…
Le muralisme mexicain, dont Rivera est un des fondateurs, est évoqué par quelques fresques sur l’histoire du Mexique, les excès de la colonisation, les injustices sociales et économiques… et tout un panneau explique la technique de Rivera des premiers croquis jusqu’à l’œuvre achevée, démontrant la rigueur de son travail de composition de ces "murales".

Exposition bien courte cependant, avec un choix d’œuvres assez limité mais de qualité et dont le bouche à oreille a du être bien élogieux au vu de la longue file d’attente à l’extérieur en plein vent !

Site du Musée de l'Orangerie

  • Et un bon complément, pour une bonne soirée d'hiver...
Frida retrace la vie mouvementée de Frida Kahlo, artiste peintre mexicaine du XXe siècle qui se distingua par son œuvre surréaliste, son engagement politique en faveur du communisme et sa bisexualité. Le film se concentre également sur les relations tumultueuses de Frida avec son mari, le peintre Diego Rivera, et sur sa liaison secrète et controversée avec Léon Trotski.

Date de sortie : 16 avril 2003
Durée : 2h00min
Réalisé par : Julie Taymor
Avec : Salma Hayek, Alfred Molina, Geoffrey Rush...

Source : Allociné

lundi 28 octobre 2013

LA FIAC, UNE FOIRE À DEUX VITESSES ?

40ème édition de la FIAC, Foire Internationale d'Art Contemporain sur laquelle souffle un vent d'optimisme car Paris semble avoir retrouvé une place éminente en matière d'art contemporain, tant pour la création que pour le marché, devant les places américaines ou japonaises.



  • Un Grand Palais "sanctuarisé" ?
Pour reprendre un adjectif très souvent utilisé au sujet de l'école (qui, soit dit en passant, est laïque !) le Grand Palais est devenu le Saint des saints réservé aux élus, encore nombreux, je le reconnais, qui peuvent débourser 35 euros : la sanctuarisation par l'argent, les marchands du Temple ont encore de beaux jours devant eux.

  • La FIAC hors les murs
Pour les badauds, le vulgum pecus, plusieurs lieux prestigieux, sont accessibles gratuitement et pour encore quelques jours, comme le Jardin des Plantes et le Jardin des Tuileries, le site Internet de la FIAC permet une première approche des œuvres exposées, venues du monde entier. En dehors de nos appréciations personnelles, on peut s'interroger sur les possibilités réelles de jeunes artistes pour tenter d'exister dans cette nébuleuse mondialisée où quelques étoiles attirent les regards au milieu d'une myriade de grains de poussière... La problématique est assez proche pour les galeristes. C'est là que le collectionneur intervient, poussé par une réelle passion qui le guide dans ses choix et lui fait prendre des risques mais c'est là aussi qu'intervient le spéculateur ou le frimeur qui veut acheter, cher et coté.

Parmi les lieux prestigieux, la place Vendôme offre son cadre somptueux et minéral aux cabanes de Tadashi Kawamata.
Né en 1953, dans le nord du Japon, Kawamata accède à la scène mondiale dans les années 1980, en particulier après sa première invitation à la biennale de Venise en 1982.
Après des études de peinture, il a commencé à utiliser le cadre de bois de ses toiles comme matériau de ses créations et à les exposer en tension entre l'intérieur et l'extérieur ouvrant ainsi de nouveaux espaces de déconstruction puis de reconstruction. Il s'inspire aussi des abris précaires des SDF et de leur place dans l'espace urbain et les installe dans des lieux difficilement accessibles comme des arbres, donnant ainsi une autre dimension à cette thématique de l'abri. C'est ce type d'œuvre qui a été installé sur la colonne Vendôme.


Comment apprécier et évaluer une œuvre de ce genre ? Quelles sont ses qualités intrinsèques ? Comment percevoir la qualité et la validité de ce travail ? Comment le coter et justifier cette côte ? On perçoit dans le parcours de Kawamata une cohérence, une rigueur qui traduisent l'exigence de l'artiste : par ses installations, ses créations, il se confronte au monde en le déconstruisant puis en tentant de le reconstruire. Il modifie notre lecture de l'espace pour nous introduire dans son univers. Une des clés pour non pas comprendre, - ce serait présomptueux - mais s'approcher de l'art contemporain réside peut-être dans l'idée qu'il faut aller par delà l'œuvre elle-même pour trouver une parcelle de la vérité de l'artiste.

Cette installation de la place Vendôme me rappelle les pratiques de certains ermites des premiers siècles du christianisme : les stylites qui restaient perchés sur leur colonne indéfiniment pour se consacrer à la prière. Le plus célèbre d’entre eux, Siméon le Stylite, avait érigé sa colonne dans le désert syrien, pas si désert que ça, et y était resté quarante années mais avec quelques petits aménagements en particulier pour l'évacuation des "eaux usées" et pour l'empêcher de tomber quand il dormait ! Et comment y monter ? Kawamata a sans doute la réponse quand il se décrit comme un oiseau migrateur qui va et vient d'un nid à l'autre, chaque année.

www.fiac.com

jeudi 10 octobre 2013

TÊTES COURONNÉES À MARMOTTAN

Le musée Marmottan sert d'écrin à une agréable visite à la famille Bonaparte et plus précisément aux trois sœurs de Napoléon : Élisa, Pauline et Caroline. Trois filles dont le destin est entièrement modelé par l'aventure extraordinaire de leur frère, Napoléon, qui leur offre gloire, fortune et pouvoir en Italie.
Sur les huit enfants de la fratrie Bonaparte, elles sont respectivement au 4ème, 6ème et 7ème rang.



Élisa, née en 1777, sera pensionnaire de la maison de Saint-Cyr, où elle recevra une éducation raffinée qui lui permet de tenir un salon littéraire réputé à Paris pendant le Consulat. Son mariage avec Félix Baciocchi, simple officier corse (!) déplaît à Napoléon.

Mais celui-ci sait apprécier les grandes qualités et la force de caractère de sa sœur en lui offrant le grand-duché de Toscane. Élisa mènera une action politique, calquée sur celle de son impérial frère et jouera un rôle important de mécène pour des artistes italiens.



Pauline, née en 1780, est la plus proche de Napoléon en dépit de la différence d'âge de 11 ans qui les sépare. Tous ses contemporains s'accordent sur sa remarquable beauté qui charmera en premier lieu le général Leclerc qu'elle épouse. Son tempérament ardent s’accommode mal des fréquentes absences de son mari au grand dam de son frère qui se débat dans ses propres déboires conjugaux avec Joséphine. Veuve en 1802, Napoléon lui trouve rapidement un époux à sa convenance : le prince Camille Borghèse. Elle partage son temps entre Paris, le plus souvent et Rome. Elle mène grand train dans ses somptueuses résidences, affole la cour des Tuileries par sa coquetterie. Le sculpteur Canova dévoilera ses charmes pulpeux en la représentant sous les traits de Vénus victorieuse mais seuls les proches du prince Borghèse auront le bonheur de la contempler !

Caroline, née en 1782, pendant la période de grande pauvreté de la famille Bonaparte demandera toute la science et la patience de Mme Campan, ancienne femme de chambre de Marie-Antoinette et future directrice de la maison de la Légion d'Honneur, pour peaufiner ses manières et lui donner une éducation digne du rang qu'elle a à tenir. Elle épouse en 1800 le flamboyant général Joachim Murat, aussi ambitieux et assoiffé d'honneurs qu'elle-même. Altesse impériale, grande-duchesse de Berg et enfin reine de Naples, Caroline est une femme de goût et elle attire à sa cour de nombreux artistes, savants et hommes de lettres. C'est aussi une mère de famille attentive comme en témoignent les nombreux portraits de famille.



De Florence à Paris, de Naples à Rome, les magnifique résidences des trois sœurs témoignent de leur goût et de l'impulsion qu'elles ont donné à l'art sous toutes ses formes : peinture, sculpture, joaillerie, porcelaine tous les arts somptuaires bénéficient de leurs commandes. C'est un plaisant voyage, le feuilletage d'une revue mondaine sur papier glacé, un peu clinquant mais aussi plein de charme, un kaléidoscope qui nous révèle des facettes méconnues de la grande épopée napoléonienne, loin des champs de bataille et des luttes politiques.

www.marmottan.fr

mercredi 2 octobre 2013

BRAQUE AU GRAND PALAIS


Je pourrais vous dire le plus grand bien de cette exposition, très complète sur l’œuvre de Braque, sur la qualité du parcours proposé, avec quelques bémols sur des salles ou panneaux de moindre intérêt ; je pourrais évoquer la richesse de la documentation photographique et littéraire mais vous trouverez tout cela sur place... En visitant cette exposition me sont venues quelques interrogations : pourquoi Braque, qui eut droit à des obsèques nationales et à un éloge funèbre écrit et lu par André Malraux, reste-t-il dans l’ombre de Picasso ? Deux géants de la peinture Picasso et Matisse se sont « affrontés » durant de longues années avec, chez Picasso de façon évidente, un don remarquable pour la communication. Braque serait-il la « victime » de cet affrontement ? Cette exposition est l'occasion de lui rendre sa place parmi les monstres sacrés et l'hommage est magistral.

  • Le cubisme

La recherche initiée dès 1907 sur la déconstruction des formes du réel et la mise en place sur un support en deux dimensions, la toile, d’un objet en trois dimensions succède au travail entrepris sur la couleur après la révélation que fut la salle « fauve » du Salon d’automne de 1905 où "La Femme au chapeau" de Matisse, telle un manifeste, faisait claquer ses couleurs sans respecter les règles établies ! La recherche se lit dans les influences que l’on sent dans certains tableaux d’avant 1910 : la couleur traitée en grands aplats vifs à la manière fauve ou bien des touches rapides et contrastées ou complémentaires plus proches d’un Van Gogh ; la géométrisation des formes comme Cézanne et son souci de traiter « la nature par le cylindre, la sphère ou le cône ». Commencent alors des années de travail intense avec Picasso à l’Estaque sous le regard attentif ou hostile des critiques et des marchands d’art, dans une telle osmose que leurs œuvres semblent interchangeables. C’est une toile de Braque qui inspirera le nom de cubisme et dans un deuxième temps en poussant les recherches de Cézanne jusqu’à l’éclatement de la forme, Braque se tournera vers la nature morte, délaissant le paysage et la couleur pour arriver à la limite de l’abstraction. Puis par la réintroduction d’éléments ramenant la réalité figurative comme les papiers, les lettres ou mots en grands caractères et en simplifiant les formes.

  • L'après-guerre et les années 30

Le travail avec Picasso est terminé, les formes s’arrondissent, s’entrechoquent moins violemment, la couleur revient : les natures mortes « Guéridons » et « Cheminées » semblent plus évidentes, plus lisibles ce qui n’ôte rien à la profondeur des recherches poursuivies pour déstructurer la réalité. Les année 30 verront la collaboration fructueuse avec les éditeurs d’art : La Théogonie d’Hésiode commandée par Vollard est un éblouissement : des gravures au trait parfaitement maîtrisé, une vivacité des compositions et le plaisir de la calligraphie grecque qui se joint au retour de la forme humaine, épurée mais vigoureuse.


  • La consécration

Deux oiseaux sur fond bleu (1963)
Après 1945 le retour des séries « Billards » puis « Ateliers », lieux de la création par excellence, offre un assemblage des formes et des objets qui ont nourri l’œuvre de Braque, dans un désordre apparent qu’il ouvre vers l'envol en y plaçant un oiseau blanc. La commande de Malraux, ministre de la Culture, pour le plafond de la salle des Sept Cheminées du Louvre est liée à ce thème de l’oiseau en plein vol, œuvre maîtresse d’un artiste qui a force de « tripoter » (comme il l’a écrit) la matière parvient à la plénitude. Le billard comme brisé semble s’envoler par la fenêtre, le « portrait » de l’oiseau s’apprête à repartir à tire d’aile vers le ciel bleu d’un plafond du Louvre.

Peindre était pour Braque un engagement absolu et périlleux qu’il définissait ainsi : « L’art est une blessure qui devient lumière ». L’harmonie est à ce prix mais au fil du travail et de la recherche, les éléments concrets « s’effacent pour ne laisser que l’empreinte et l’écho de leurs poétiques rapports. Mon travail s’illuminait, m’illuminait. Tout devenait simple et profond ».


Pour compléter : le texte de Malraux en septembre 1963
À la mémoire de Georges Braque
Hommage du Gouvernement par M. Malraux, ministre d'État, chargé des affaires culturelles

Colonnade du Louvre, le 3 septembre 1963


Avant que Georges Braque repose dans le petit cimetière normand qu'il a choisi, j'apporte ici l'hommage solennel de la France.
Vous avez reconnu, Madame, la musique que vous venez d'entendre, avant ces cloches qui sonnaient jadis pour les rois : c'est la Marche Funèbre pour la Mort d'un héros. Jamais un pays moderne n'a rendu à un de ses peintres morts un hommage de cette nature. L'histoire de la peinture qui trouve dans l'œuvre de Braque un accomplissement magistral a été une longue histoire de dédains, de misère et de désespoir. Et jusque par sa mort, Braque semble assurer la revanche des pauvres obsèques de Modigliani, du sinistre enterrement de Van Gogh ?... Et puisque tous les Français savent qu'il y a une part de l'honneur de la France qui s'appelle Victor Hugo, il est bon de leur dire qu'il y a une part de l'honneur de la France qui s'appelle Braque - parce que l'honneur d'un pays est fait aussi de ce qu'il donne au monde.
Ses tableaux se trouvaient dans tous les grands musées, et plus de cent mille Japonais, à Tokyo, s'étaient rendus à son exposition comme à un pèlerinage. Dans son atelier qui n'avait connu d'autre passion que la peinture, la gloire était entrée mais s'était assise à l'écart, sans déranger une couleur, une ligne, ni même un meuble. Silencieuse et immobile comme les oiseaux blancs qui depuis sa vieillesse avaient apparu sur ses toiles. Il était devenu l'un des plus grands peintres du siècle.
Mais notre admiration ne tient pas seulement à ce génie pacifié que connaissent tant de maîtres à l'approche de la nuit. Elle tient aussi au lien de ce génie avec la révolution picturale la plus importante du siècle, au rôle décisif joué par Braque dans la destruction de l'imitation des objets et des spectacles. Et sans doute le caractère le plus pénétrant de son art est-il de joindre, à une liberté éclatante et proclamée, une domination des moyens de cette liberté, sans égale dans la peinture contemporaine.
De plus, en nous révélant, avec une puissance contagieuse, la liberté de la peinture, Braque et ses amis de 1910 nous révélaient aussi tout l'art du passé rebelle à l'illusion depuis notre peinture romane jusqu'au fond des siècles : patiemment ou rageusement penchés sur leurs tableaux insultés. Ces peintres ressuscitaient pour nous tout le passé du monde...
Enfin, ces tableaux exprimaient la France à l'égal de ceux de Corot - mais plus mystérieusement, car Corot, lui, l'avait beaucoup représentée. Braque l'exprimait avec une force de symbole si grande qu'il est aussi légitime chez lui au Louvre, que l'ange de Reims dans sa cathédrale. Samedi, nous avons retrouvé une tristesse très lointaine mais bien connue; celle qui nous avait saisis naguère quand nous avions entendu : "Debussy est mort".

Demain matin, Madame, que l'on dise aux marins et aux cultivateurs de Varangeville, qui aimaient Georges Braque, évidemment sans comprendre son art : "Hier, quand il était devant le palais des rois et le premier musée du monde, il y avait dans la nuit pluvieuse une voix indistincte qui disait merci ; et une main très simple, une main usée de paysanne, qui était la main de la France, et qui se levait une dernière fois dans la nuit pour caresser doucement ses cheveux blancs".

jeudi 29 novembre 2012

PETIT MÉLANGE DE GENRES

Quelques suggestions et impressions avant la fin du monde...


Les Mayas et une 1567ème (ou plus...) annonce de la fin du monde !

Laissons donc les Mayas en paix, au fait, avaient-ils prévu leur propre fin ?
Mais, au cas où, profitez de ces dernières semaines pour voir et découvrir plein de choses et advienne que pourra !
MAYA NO...

Bien, ceci étant posé, où aller ?


  • Théâtre du Châtelet
Certes, le propos a un peu vieilli ; le côté fleur bleue, romance prête à sourire mais les grandes chorégraphies donnent encore des fourmis dans les jambes et les danseurs renvoient une énergie considérable... d'ailleurs j'ai mis un peu de temps à m'endormir en rentrant hier soir !
À défaut du théâtre, regardez le film quitte à accélérer à certains moments...
Et voilà un paysage urbain de plus à mettre à notre crédit, pourquoi pas ?

  • Expositions
Nécessaire : Rétrospective DALÌ.
Un monument de la peinture du 20ème siècle, une intelligence aigüe et une curiosité universelle, un sens de la provocation percutant etc.
Bravo à Beaubourg pour cette belle initiative, et ne pas oublier de consulter le site de l'exposition.


Nécessaire (bis) : CHAÏM SOUTINE au musée de l'Orangerie.
Une peinture d'écorché vif, qui traîne avec lui toute une misère morale et matérielle, liée à la douleur de l'exil, et sublimée par une palette intense et des rouges inoubliables.
Jusqu'au 21 janvier 2013.



Plus frivole mais superbe : L'IMPRESSIONNISME ET LA MODE au musée d'Orsay.
Sous l'explosion des couleurs et des chatoiements du pinceau versicolore des impressionnistes, se lit aussi une histoire du vêtement et en particulier de celui des femmes qui exprime et conditionne leur statut social.


Une atmosphère proustienne : JACQUES-ÉMILE BLANCHE.
Peintre et portraitiste renommé mais aujourd'hui méconnu, il nous ramène dans les salons de la Belle Époque avant que n'éclate le conflit de 14-18. C'est un monde brillant mais un peu désabusé, qui oscille entre frivolité et gravité pour décrire une époque de grand doute sous une apparente maturité.

La fondation Pierre Bergé - YSL offre son cadre somptueux pour cette restitution d'un "temps perdu".

Et un très beau dossier de presse à lire ici.


Et pour mémoire, MARY CASSATT à la Fondation Mona Bismarck
,
sans oublier le Grand Palais dans deux registres différents :

            
                                   EDWARD HOPPER                                  BOHÈMES
                                   Site expo "Hopper"                            Site expo "Bohèmes"

dimanche 23 septembre 2012

ÉBLOUISSEMENT...



MUSÉE DES ARTS DÉCORATIFS


La grande nef du musée des Arts Décoratifs s'est transformée en caverne d'Ali Baba.

La maison Van Cleef & Arpels y expose ses plus belles réalisations du 20ème siècle et déroule sous nos yeux une autre histoire, celle de la passion pour les pierres précieuses et de l'invention créative qui les a mises en valeur dans des bijoux qui nous laissent sans voix.
La scénographie, dans une tonalité bleu nuit, qui fait encore mieux ressortir l'éclat des pierres, admirablement éclairées, nous fait entrer dans un rêve où les bijoux exposés, semblent pour certains flotter dans des colonnes de lumière tamisée.


La valeur marchande de cette collection doit être pharamineuse, mais elle n'est rien devant cette union de la beauté des pierres, de la perfection technique et du génie...
À voir pour le plaisir!




www.lesartsdecoratifs.fr
Dossier très complet sur le site du musée.

vendredi 11 mai 2012

BERTHE MORISOT

Belle-sœur de... ; épouse de... ; mère de... Berthe Morisot a bien été cela, mais son œuvre est rarement évoquée pour elle-même, sans référence à son entourage familial. Le Code Napoléon a enfermé les femmes dans un carcan légal qui en fait de sempiternelles mineures, et Berthe Morisot n'y échappe pas.

Issue de la bonne bourgeoisie, elle a la chance de bénéficier des conseils précieux de Corot qui l'emmène peindre sur le motif, et elle participe à la première exposition des impressionnistes chez Nadar en 1874, aux côtés des Monet, Degas,... L'univers de Berthe semble paisible, empli de rires d'enfants, de fruits cueillis sur l'arbre, de goûters en plein air ; les enfants et leur mères sont entourés d'un halo de tendresse, sans aucune mièvrerie.

La sérénité d'une femme et artiste épanouie, mais la passion est là, sous-jacente et le travail acharné de Berthe Morisot en témoigne de même que la mort précoce de son époux, Eugène Manet, la submergera d'une vague de souffrance et de chagrin qui restera toujours présente au fond de son regard sombre et intense.

Le contraste est saisissant avec la blondeur de ses portraits et la fraîcheur des paysages.
 
 

Musée Marmottan

Dossier de presse à télécharger :

jeudi 22 mars 2012

UN PRINTEMPS FÉMININ

Artemisia et les autres...


  • Artemisia Gentileshi
« Je ferai voir à Votre Très Illustre Seigneurie ce que sait faire une femme. »

C'est en ces termes qu'Artemisia Gentileschi, femme peintre, s'adresse à l'un de ses mécènes. Fille et femme de peintre, Artemisia a laissé une œuvre d'une puissance et d'une intensité remarquables qu'il est difficile de ne pas mettre en relation avec sa vie extraordinairement mouvementée.
Sans revenir en détail sur les drames et les péripéties de sa vie privée, marquée par la violence masculine, on est frappé par le volontarisme de son parcours.

A 17 ans, elle épouse un peintre florentin, pour se mettre à l'abri de la désapprobation générale suscitée par son viol et la condamnation de son agresseur, dans une société où le viol déshonore d'abord la victime et sa famille.
Pour échapper à la mort sociale qui la guette, elle quitte Rome pour Florence et reprend ainsi une carrière déjà prometteuse. Le grand-duc Cosme ne s'y trompe pas et elle devient une des figures en vue de Florence. En 1616, elle est la première femme à intégrer la prestigieuse Accademia del Designo, ce qui lui donne une totale liberté artistique et professionnelle.
Le retour un peu précipité à Rome en 1620 se heurte à l'hostilité de son père Orazio, qui supporte mal le succès de sa fille parmi les caravagesques romains.
Son parcours la mènera ensuite à Venise puis à Naples où elle dirigera un grand atelier.

Judith décapitant Holopherne
Artemisia s'est aussi autorisée à s'attaquer à la peinture d'histoire, la plus noble aux yeux des académies et des commanditaires et elle a su y faire passer les réminiscences et les traumatismes d'un univers violent où les femmes doivent trouver les moyens de leur survie.
L'affiche de l'exposition en est un exemple frappant, l'influence du Caravage évidente mais la composition de la toile souligne tout à la fois la détermination des deux femmes, leur complicité et dans le même temps un certain dégoût ou réticence. La violence est sourde, intense et le regard révulsé de la victime en marque le paroxysme.
L’œuvre sensuelle et violente d'Artemisia Gentileschi figure parmi les grands noms de la peinture italienne du Seicento ; dans une de ses lettres, elle écrivait : « Vous trouverez en moi l'âme de César dans un corps de femme ».

Il est certain que dans sa peinture, on découvre une puissance qui démontre que l'expression artistique des passions, n'est pas l'apanage d'un sexe mais que certaines thématiques elles le sont, très clairement.

Musée Maillol

51 rue de Grenelle
75007 Paris
www.museemaillol.com

  • Berthe Morisot
À suivre... Berthe Morisot

samedi 10 mars 2012

DERNIÈRES TROUVAILLES

  • Damien Hirst
Cet artiste est un bon exemple de la puissance du marché de l’art et de certains galeristes aux moyens financiers à faire pâlir d’envie le gouvernement grec ! Larry Gagosian, richissime galeriste new-yorkais, expose dans ses onze galeries une rétrospective des Spot Paintings que l’artiste anglais Damien Hirst a réalisées depuis 1986. Cette série peut s’assimiler à l’art conceptuel mais rappelle aussi étrangement les idées du groupe BMPT (Buren, Mosset, Parmentier, Toroni) et leur expositon provocation de 1967 à Paris composée de 4 toiles : bandes verticales de Buren, rond noir sur fond blanc de Mosset, bandes colorées horizontales de Parmentier et touches carrées en quinconce de Toroni.

Créations Damien Hirst - Galerie Gagosian
Il y a donc peu à voir, peu à ressentir, peu de créativité et pourtant… ça marche.

Conclusion du critique de Télérama, Olivier Céna :
« Lui (D.H.) a tout compris de notre époque. Il travaille à l’image des banques : il ne donne pas, ne produit rien et ne prête qu’aux riches. »

Et pour le plus grand bonheur de Larry Gagosian !

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  • Des tubes à la Maison Rouge
Beau mot d’ordre pour cette exposition originale qui célèbre le siècle d’existence de ce mode d’éclairage auquel certains artistes ont donné ses lettres de noblesse. Utilisé et valorisé dans la plupart des courants artistiques de la deuxième moitié du 20ème siècle, on le retrouve coloré, travaillé, tordu, transformé chez des artistes conceptuels comme Joseph Kosuth, des représentants du Nouveau Réalisme comme Martial Raysse ou de l’Arte Povera comme Mario Merz...
Jusqu'au 20 mai à la Maison Rouge : “Neon : who’s afraid of red, yellow and blue?”.


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  • Cinémathèque de Paris

L’exposition Tim Burton s’installe à Paris après avoir passionné les foules à New York. L’univers déroutant et complexe de l’étrange monsieur Tim.


mardi 21 février 2012

DISSIDENCE

"Nos amis chinois", pour reprendre une expression caractéristique de la langue de bois pour désigner les autorités de ce grand pays, laissent filtrer de plus en plus d'informations de toutes natures sur leur pays, en dépit du contrôle omniprésent des moyens de communication et plus précisément de l'Internet. Il y a deux ans, une chaise vide à Stockholm, faisait résonner dans le monde entier ce nom : Liu Xiaobo, prix Nobel de la Paix, détenu dans les geôles chinoises.
Aujourd'hui, un autre nom retentit sur les cimaises du Jeu de Paume et le journal Libération lui consacre un numéro spécial.
Photo prise par Aï Weiwei spécialement pour "Libé"























«Crabe de rivière se dit "hexie" en chinois : c'est le mot vulgaire pour "censure" car sa prononciation en chinois est la même que celle du mot "harmonie". Or le gouvernement chinois invoque depuis 2004 la nécessité d'une "société harmonieuse" ("hexie shehui") pour justifier la censure qu'il impose. Par dérision, les internautes ont adopté cet euphémisme.» Aï Weiwei
n
  • Tradition familiale ?
Son père, poète célèbre, ayant vécu à Paris dans les années 1930, a connu les camps de rééducation à l'époque de Mao. Sa famille l'a suivi dans cette prison ouverte du désert de Gobi. Malgré cette notoriété de mauvais aloi, Aï Weiwei part à New York en 1981, à l'âge de 25 ans, après avoir fait des études de cinéma à Pékin. Il abandonne alors la peinture pour la photo et mitraille New York et les New-yorkais.
De retour en Chine en 1993, il devient un artiste renommé, au cœur des avant-gardes chinoises et publie trois ouvrages fondamentaux sur ce sujet.
Entre provocations ignorées par le pouvoir et notoriété de son travail d'architecte autodidacte, il arrive à la dénonciation publique du régime, lors des J.O. de Pékin, avec l'inauguration du "nid" auquel il a travaillé avec le cabinet suisse Herzog et de Meuron.

  • Un artiste inclassable
Aï Weiwei photographie le monde, les hommes et lui-même. L'autoportrait tient une place majeure dans son œuvre, ainsi que le nu. Il y a là une quête de vérité, de transparence, d'humanité, toutes choses dont le gouvernement chinois lui paraît cruellement manquer. Après les J.O., son blog, autorisé en 2004, est interrompu. Désormais, la répression et la censure ne le lâchent plus et Twitter prend le relais... L'année dernière, Aï Weiwei a été arrêté alors qu'il prenait l'avion pour Hong-Kong et détenu 81 jours, interrogé, maltraité, passé à tabac et au final condamné à payer des sommes faramineuses pour fraude fiscale.

« Ce pays dépense la moitié de son énergie à empêcher les gens d'accéder à l'information ou de communiquer entre eux. L'autre moitié de son énergie sert à envoyer en prison ceux d'entre nous qui détiennent l'information et qui cherchent à la transmettre. » Aï Weiwei

En conclusion, pour revenir sur la question de l'utilité de l'art, en voici une facette : un moyen de résister à l'oppression non-violent et efficace. Et Aï Weiwei cite Marcel Duchamp comme un de ses maîtres !

« Les réponses finissent toujours par parvenir à ceux qui posent des questions, tout comme le vrai pouvoir finit toujours par être détenu par ceux qui l'exercent. Et c'est en fin de compte toujours à nous qu'échoit la tâche de montrer la perversité du mal et les souffrances qu'il inflige. Ce principe moral incontournable constitue l'une des règles les plus fascinantes. »

samedi 18 février 2012

LE RETOUR DE L'ART BRUT

Phénomène passager dans un temps confronté à la barbarie et à la folie des hommes, quête d'un espace où le calcul et la préméditation n'ont pas eu cours tant que les marchands du temple ne s'en sont pas occupés ?

  • Expositions en nombre
Marcel Storr, dont je parlais récemment, l'exposition du Couvent des Cordeliers, Gaston Chaissac à la galerie Louis Carré... Indéniablement, l'art dit brut connaît un regain d'intérêt. La création d'un département d'art brut au LAM de la Villeneuve d'Ascq, la mobilisation autour de la "cathédrale" de Jean Linard, à Neuvy-Deux-Clochers dans le Cher, l'exposition de la Halle Saint-Pierre qui devient un des hauts lieux de l'art brut à Paris.

  • La première collection
En 1945, le peintre Jean Dubuffet donne la première définition de l'art brut qu'il a découvert dans ses visites de cliniques psychiatriques et d'asiles en Suisse, marchant ainsi sur les traces des premiers médecins qui s'étaient penchés sur cette production artistique très particulière et inclassable, cet "art des fous" selon le Dr Hans Prinzhorn dans lequel il pressentait quelque chose de formidable. Les nazis et leur propagandiste redoutable, Ernst Goebbels, dans leur logique démoniaque, mettront cet art au cœur de leur exposition "L'Art dégéneré" en 1937, pour démontrer la supériorité de la tradition allemande classique. Dubuffet parle ainsi, dans le Manifeste qui accompagne la première exposition à Paris en 1949 :
« Nous entendons par là des ouvrages exécutés par des personnes indemnes de culture artistique, dans lesquels donc le mimétisme, contrairement à ce qui se passe chez les intellectuels, ait peu ou pas de part, de sorte que leurs auteurs y tirent tout (sujets, choix des matériaux mis en œuvre, moyens de transposition, rythmes, façons d’écriture, etc.) de leur propre fond et non pas des poncifs de l’art classique ou de l’art à la mode. Nous y assistons à l’opération artistique toute pure, brute, réinventée dans l’entier de toutes ses phases par son auteur, à partir seulement de ses propres impulsions. De l’art donc où se manifeste la seule fonction de l’invention, et non, celles, constantes dans l’art culturel, du caméléon et du singe. »
Il s'agit donc d'une expression artistique à "l'état de nature", totalement spontanée, sorte d'auto-thérapie pour exorciser angoisses et souffrances par un autre moyen que la parole, l'ancêtre de l'art-thérapie, en quelque sorte. En 1948, avec Jean Paulhan et André Breton, Dubuffet crée la Compagnie de l'Art brut qui va poursuivre l'enrichissement de la collection, aujourd'hui visible à Lausanne.
Cette collection renferme des œuvres de tous les artistes dont il a pu avoir connaissance. Peut-on parler d'un courant artistique, non, sans doute pas mais il y a bien quelques points de convergence : tous ces artistes souffrent de troubles psychiques graves, vivotent dans un asile ou grâce à un petit emploi parviennent à se débrouiller. Ils travaillent sur des matériaux de récupération : vieux papiers, bouts de bois, carton, filet, se procurent de la couleur comme ils peuvent et les résultats sont inattendus...
Des princesses d'Aloïse Corbaz aux poupées magiques d'Auguste Forestier ; des architectures minutieusement restituées mais imaginaires de Marcel Storr aux constructions hors norme du facteur Cheval ou de Jean Linard ; des dessins saturés de signes graphiques (notes, lettres, motifs) de Wölfli aux dictées des anges d'Augustin Lesage scrupuleusement organisées ; des fusils de récupération d'André Robillard à l'univers innocemment pervers de la saga imaginée par Henry Darger, l’extraordinaire variété de ces œuvres surprend ainsi que la qualité de leur réalisation avec des moyens rudimentaires et sans aucune formation : un art "premier" peut-être ?

Séraphine de Senlis
Aloïse Corbaz
Auguste Forestier
Wölfli
Augustin Lesage
André Robillard
Henry Darger

  • Le marché
    Innocence et pureté de l'art brut menacées par le mercantilisme et le snobisme d'élites auto-proclamées en quête de légitimité culturelle ?
    Engouement passager pour un art abordable et lisible, au risque pour celui-ci de perdre son âme en devenant objet de musée, sous cloche et sous clé ?
    Ou bien, est-ce une étape à franchir, nécessaire à la reconnaissance et à la protection de cette expression artistique atypique et surtout de ses créateurs peu au fait des arcanes et arnaques du marché de l'art ? Certes, la spéculation va s'en emparer, les prix vont monter pendant quelques temps puis la coterie des faiseurs de mode ou de tendance passera et l'art brut restera...

    Louis Soutter
    Alors, profitez des derniers jours de l'exposition des   dessins de Marcel Storr à Ménilmontant en   attendant que s'ouvre au mois de juin l'exposition   que la Maison Rouge d'Antoine de Galbert consacre   à Louis Soutter, un des grands noms de cet art brut.


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    Pour s'y retrouver :
    L'Art brut de Françoise Monnin
    Coll. Tableaux choisis
    Ed. Scala - 1997