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lundi 9 avril 2012

BD : PROFUSION

Angoulême 2012


  • Un président du jury hors norme
C'est, en effet, une des grandes figures de la BD américaine qui a présidé, cette année, aux destinées du festival d'Angoulême. Son univers est bien loin des "petits Mickeys" dénoncés par les détracteurs du 9ème art. C'est dans l'interrogation la plus lourde et la plus douloureuse du 20ème siècle qu'Art Spiegelman a trouvé son public et son succès, à laquelle il aura consacré plus de 20 ans de sa vie et aussi pour tenter de comprendre un père, rescapé d'Auschwitz, disparu en 1982.

Le récit, où les personnages sont incarnés par des souris et des chats, ne banalise ni n'atténue en rien la monstruosité : cette transposition aide peut-être simplement à supporter l'abominable. La puissance de cet ouvrage est renforcée sans doute par la simplicité du trait et le choix du noir et blanc. Et le jury du Pulitzer en 1992 ne s'y est pas trompé, en décernant ses lauriers pour la première fois à une BD.

Spiegelman publie cette année Metamaus, retraçant tout l'historique de ce récit de la vie de son père Vladek, à travers laquelle est racontée la Shoah. Textes, croquis, dessins, interviews, lettres, conversations... tout y est et cela permet de mesurer à la fois l'exigence du travail et la profondeur du doute sur une telle entreprise. Metamaus pose aussi la question de la place et de la responsabilité de l'artiste devant un tel sujet qui le hante et continue de le hanter dans sa dimension historique et dans son implication personnelle.
À voir : exposition au Centre Pompidou

  • Le grand prix 2012 : Chroniques de Jérusalem de Guy Delisle
Après Pyong Yang, Chroniques Birmanes, Shenzen, Guy Delisle poursuit ses ouvrages au gré des missions d'une compagne travaillant dans l'humanitaire. La dernière livraison de ces péripéties nous emmène à Jérusalem où nous découvrons, dans le dessin stylisé et sobre de cet auteur, les arcanes complexes de la ville trois fois sainte, peut-être, mais surtout au cœur d'un imbroglio géopolitique tellement verrouillé que la vie quotidienne y devient une aventure de tous les instants, non sans risques mais aussi avec la promesse de rencontres surprenantes. Une sorte de planète posée sur une poudrière, en équilibre instable et dont nous avons ici un vadémécum illustré dont la validité doit pouvoir changer dans la minute suivante.
Situations banales qui tournent au cauchemar ou à l'absurde, personnages hauts en couleur et n'ayant plus conscience de vivre dans un univers parallèle, communautés repliées sur elles-mêmes dans une des villes les plus cosmopolites, royaume de la corruption et de la violence sur la terre où fut délivré la parole de Dieu...
Passionnant et d'une grande lucidité.

  • Retour vers la couleur
    Merci à Maylis pour la présentation de cette BD qui n’en est pas une... ni un roman graphique... C’est une histoire en image.

    Les Amateurs, de Brecht Evens (Ed. Actes Sud)

    lundi 23 janvier 2012

    LECTURES

    -Grâces lui soient rendues,
    -Le Dernier des Camondo,
    -Et L'Homme de l'art : D-H Kahnweiler,
    Trois ouvrages de Pierre Assouline qui évoquent le monde artistique fin 19ème-début 20ème siècle.

    -La Fille à lèvre d'orange de France Huser évoque la compagne de Modigliani, Jeanne Hébuterne et sa fin tragique.

    -Bohêmes de Dan Franck est une promenade dans le Paris artistique de la première moitié du 20ème siècle.

    -Art, la pièce de Yasmina Reza, est toujours savoureuse et pleine d’actualité dans le débat sans fin qui anime l'art contemporain.

    -Bleu. Histoire d'une couleur. Un univers dans une couleur, un voyage passionnant à la fois concret et plein de poésie, de Michel Pastoureau.

    -Histoire de la beauté : Umberto Eco est un des penseurs et écrivains italiens les plus extraordinaires de sa génération, d'une érudition étourdissante. À feuilleter impérativement.

    -Daniel Arasse était un brillant historien de la peinture, qu'il abordait avec une démarche originale et peu conventionnelle comme Le Détail en peinture ou On n'y voit rien.

    -Quelques pages du Musée imaginaire de Malraux ne peuvent être inutiles, et pour "compenser" quelques scènes de Musée haut, musée bas de Jean-Michel Ribes...



    Bonne lecture, et je laisse à Pierre Cabanne la phrase de conclusion :
    « Image et verbe sont, lorsqu'ils se rencontrent, s'affrontent ou s'épousent, nourris de leurs richesses respectives... ; les voix s'entrecoupent, les poètes n'inventent pas une autre langue que les peintres, ils sont frères dans l'indicible. » - La Main et l'esprit, Pierre Cabanne.